Apotasso

Quand les mondes, collision, se rencontrent l’un et l’autre
En un seul univers dont les limites peinent
À contenir l’écho des scissions essentielles
Dans le fond du trou noir insonore au cosmos,

Le schisme très pressant, ainsi, en un instant
Précipite l’ouvrage dans l’élan, renouveau,
Conjuguant au passé les bribes effeuillées
D’une écorce qui protège tout autant qu’elle enferme.

L’albatros incrédule ne peut nier à vie
Qu’une fois sorti de l’œuf, la terre n’est son royaume.
Son étrangeté au sol n’est plus rien dans les nues
Où ses traits atypiques prennent enfin tout leur sens.

Il existe une peine tout à fait singulière
À délaisser les fers qui, certes mal adaptés,
Nourrissaient le vœu pieux d’avoir trouvé les siens,
D’être même arrivé à renier le ciel.

Convention cantharide où les plus beaux sourires
Ne sauraient réprimer l’abysse originel
D’un être sans repère, d’une voix sans écho,
D’un brasier qui voulait tant plaire à l’océan.

Cependant de ce deuil nait aussi un espoir
Qui point dessous la page où les maux se confondent.

– S’élancer, perdre pieds et trouver dans l’envol
Des âmes dont le chant n’avait pas touché terre
Mais composaient dans l’air la partition sublime
Que l’être réclamait sans pouvoir la nommer ;

– Conjuguer au présent cet appel du néant
Où les voies non tracées laissent le cœur fébrile,
Résolution nouvelle, faire confiance au vide,
Célébrer l’atypie qui n’a plus à se dire ;

– Laisser la pesanteur faire un sort aux parades,
Que les « et si ? » nouveaux n’aient l’amertume d’hier,
Qu’ils invoquent la fougue, l’urgence irrémédiable
D’être soi et des cieux faire sa nouvelle demeure…

W.P.