Et si l’air que j’inspire n’était que de l’éther ?
Et si l’eau de mes veines n’était que du léthé ?
Ma vision ne serait alors que fantaisie,
Mes sens seraient alors acteurs de comédie.

Les images qui jadis me semblaient véritables
Ne seraient que les filles d’un mensonge confortable.
Les pensées qui jadis nourrissaient mes espoirs
Ne se révèleraient que produits d’illusoire.

J’aurais donc cheminé vers les marches d’un trône
Qui m’aurait semblé être le siège du Royaume.
J’aurais donc parcouru d’une main langoureuse
Les sillons envoutants d’une beauté vaseuse.  

Mes éloges à l’Aurore ne seraient qu’hymnes noirs
Destinés aux ténèbres et au velours du soir.
Mes passions exprimées en plaisirs épurés
Ne seraient que déboires, désirs de l’Abhorré.

Si le jour que j’implore n’était qu’une achromie
Je serais comme tant d’âmes réfugiées dans l’oubli,
Dont la vie est finie sans avoir commencée ;
Comme tant de doux-rêveurs que le Fourbe a trompés.

Le jour serait la nuit et la Lune le Soleil,
La vie serait la mort et l’éveil le sommeil,
L’amour serait la haine et les cœurs les rochers,
Le ciel serait la terre et le toit le plancher.

Si mon cœur était sourd à l’appel du silence
Et si ma voix était sombre comme la patience,
Ainsi que l’ombre claire qui embue les humeurs
Je ne serais qu’un bruit, qu’une simple rumeur…

 
W.P.